Hommage aux moqadma d'Essaouira Aïcha Kabrane et Khadija Benyahya 

A partir du moment où une moqadma est intronisée comme telle, c'est elle qui gère le rituel des Gnaoua. Elle a son ou ses mâalem attitrés ; elle décide de la thérapie et du sacrifice nécessaires à la « guérison » d'un affilié de la confrérie ou à un patient qui le demande ; elle organise les lilah où elle se charge de la tbiga , le plateau circulaire présentant les voiles des sept couleurs et les benjoins (les parfums) correspondant aux Mlouk convoqués ; elle veille sur l'ordre des devises jouées et chantées par le maâlem et ses qarqabu ; s'enquiert de la santé des participants, etc. Le plus souvent secondé par des assistantes, elle est le garant du bon déroulement de toutes les cérémonies de la confrérie. C'est dire combien son rôle est central.

Deux parmi elles, qui ont vécu à Essaouira , Aïcha Kabrane et Khadija Benyahya ont laissé un souvenir impérissable auprès de tous les Gnaoua de la ville. Que ce soient la moqadma Aïcha Kabrane, issue d'une famille originaire du Mali, l'épouse de feu maâlem Boubker Guinia et la mère de membres aujourd'hui incontournables de la confrérie : Mahmoud, Abdallah, Mokhtar et Zaïda ; ou la moqadma Khadija Benyahya, initiée par la famille Soudani, et dont le maâlem attitré fût longtemps Abdeslam Belghiti : elles ont toutes deux été des personnalités d'exception pour les maâlems de la ville (tous ceux que nous venons de citer, en passant par Omar Hayet, Cherif Regragui, Abdeslam Alikane, les Akharaz, les Soudani, etc.).

C'est dire avec quelle reconnaissance la quatrième édition du Festival des jeunes talents ganoua rend cette année un hommage particulier à ces deux moqadma décédées il y a peu, en leur dédiant non seulement cette édition mais en leur consacrant une série de concerts exceptionnels exécutés par les Maâlem d'Essaouira eux-mêmes.